L'article souligne que l'eau suit son cours naturel, dicté par le relief, les sols et les exutoires, et non par les plans de lotissement. Pourtant, chaque saison des pluies voit se répéter le même scénario : pluies intenses, rues transformées en rivières, habitations évacuées, et attente de solutions d'urgence. Cette situation alimente un récit où la pluie est l'ennemie et l'inondation un accident, occultant les causes profondes.
La littérature scientifique distingue l'aléa (pluie, marée), l'exposition (ce qui se trouve sur le chemin de l'eau) et la vulnérabilité (capacité à encaisser le choc). Seul l'aléa relève du climat ; l'exposition et la vulnérabilité sont le fruit de choix humains en matière d'aménagement, de foncier et de politique sociale. Une inondation peut ainsi être initiée bien avant la pluie, par le remblayage d'une dépression ou l'ignorance des écoulements lors de la construction.
L'urbanisation rapide, notamment dans la banlieue dakaroise, s'est souvent faite sur des zones historiquement sujettes à l'eau, oubliant l'héritage hydrologique. La remontée de la nappe phréatique dans certains secteurs transforme alors les pluies en stagnations prolongées. Les réponses apportées, axées sur les ouvrages et l'urgence, comme le plan Jaxaay ou le programme décennal de lutte contre les inondations, ont certes protégé des zones mais leur logique d'évacuation rapide reste insuffisante.
L'inondation est un "fait social total" qui affecte l'hydrologie, l'urbanisme, le foncier, l'économie, la santé et l'éducation, révélant les inégalités sociales. Les ménages précaires subissent des ruptures sociales plus graves que ceux disposant de constructions solides et d'épargne. Le paradigme de l'évacuation, bien qu'indispensable, traite l'effet plutôt que la cause, déplace le problème et crée une dépendance budgétaire.
Pour changer cette situation, la responsabilité ne doit plus incomber uniquement aux services d'assainissement, mais à toute la chaîne de planification, de lotissement et de construction. Les outils doivent inclure les documents d'urbanisme, le régime foncier et les normes de construction, et les budgets doivent intégrer la prévention et la planification, et pas seulement les investissements correctifs.
